
Ce disque résume le concept de l’impossible à écrire. En premier lieu, un choc si haletant, on devine qu’il sera inutile de se précipiter pour rédiger une bafouille sous peine de tomber dans un excès de superlatifs, d’enthousiasme pour un rock –canal historique- et donc la crainte de masquer une certaine vérité. Une impossibilité de temps, parce que figurez-vous que cela fait plusieurs semaines que ce disque squatte ma playlist de tous les temps, il disparaît pour réapparaître après une sueur froide digne du grand Nord et quand l’estomac se dénoue après le cataclysme intérieur, il faut du temps pour reprendre sa respiration. Enfin cette passion ecclésiastique qui nous plonge dans le grand secret, à vouloir à tout prix le garder pour soi. Oui jusqu’à la dernière minute, je dois interrompre la rédaction de cette chronique, happé par la vie civile imposée de mon alter- égo.
Pour les lecteurs attentifs qui se posent la question, il n’y a pas de faute d’orthographe dans l’intitulé de présentation. Certains entrent en musique comme d’autres en religion. La Chaire est à prendre dans le sens de Cathèdre, cet espace confiné où le fonctionnaire du Christ prend place. A hauteur du langage universitaire, la Chaire est aussi l’endroit destiné au professeur d’une discipline qui exerce pleinement son savoir. Dans les deux cas, c’est bien de Rock qu’il s’agit.

Il convient de l’avouer, peu de choses ont filtrés à propos des toulousains. La science d’un savoir bien gardé ? Une incapacité maladive à communiquer. Si le Rock était affaire de blogs, de marketing, de pages pub affichées sur les bus cela devrait se savoir. En pâture, huit titres délivrés dans un emballage fait-main, tampon daté en guise de signature, et ottoproduction en pourvoyeur patenté. D’emblée, on entre dans cet octogone sonore, on entre pour ne plus y en sortir avant d’avoir abdiqué devant tant de générosité délicieusement corrosive. Oh bien sûr les fantômes s’engouffrent avant que la lourde porte de peine ne se referme. Celui de Nicholas Edward Cave bien sûr, lorsqu’il se contorsionnait sur Prayers on fire, lorsqu’il se lovait très « in », soit pas le dandy amidonné des années 2000 au sein des Bad Seeds, ni le loup testostéroné du Grinderman.
Ah ce disque aurait même pu s’appeler «Prayers on Fire…of Love » puisqu’en embuscade Jeffrey Lee Pierce y livre ses recettes malades d’un vaudou famélique et amoureux. On notera, deux disques-références sortis en 1981 au moment où l’enfant-prince mancunien se passe la corde. Impossible d’écrire cette chronique en passant silence l’hallucinante version du Alligator Wine de Screaming Jay Hawkins. Loin des atermoiements de la cover de Jeff Buckley ; l’hymne prolo-rigolo de 1956, éructé par le vieux sorcier de Cleveland, écrit par la paire Jerry Leiber / Mike Stoller (la paire de burnes d’Elvis), prends une dimension absolument mystique. Habillée d’une noirceur toute Bargeldienne, cette vision choquante, dérangeante, est une vraie relecture du genre. Ou comment prendre le plaisir de faire les choses sérieusement.
Ce disque aurait du entrer dans l’Histoire du Rock, bien placé aux côtés du premier jet des Stooges, du Velvet Underground feat Nico et de Halber Mensch !
GRAND !
Playlist : Man Ray -Trapped by Fire - Too many dancers - My Arms -The Jail - Alligator Wine- An Elk is not a Moose -Monkey Junkies.
OTTO - TOASTER STARTER (2011)
Pour les contacter c'est ici



1 commentaires:
le secret commence à s'éventer...
vu à Lyon hier et c'était trop trop bon !!!
en plus, avec la lecture de ce très bon post qui donne envie, je sais qu'ils viennent de Toulouse, thanks !
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